Le prix de l’essence est-il un levier pour favoriser l’usage des mobilités actives et des transports publics ?

Avec une belle équipe interdisciplinaire, nous nous sommes intéressés au rôle du prix de l’essence dans l’efficacité des interventions visant un report modal de la voiture vers des modes de transport actifs et publics.

Nous mettons en évidence que, si la hausse du prix de l’essence favorise dans certains cas l’abandon de la voiture au profit de modes de transport plus sains et durables, cela n’est possible qu’à la condition que les territoires aient investi dans des infrastructures offrant des alternatives crédibles à la voiture.

L’article ci-dessous synthétise les principaux enseignements issus de notre étude, en accès libre ici.

Article co-produit avec Sarah Kitar (EHESP).

RÉDUIRE LE RECOURS À LA VOITURE : UN ENJEU ENVIRONNEMENTAL ET DE SANTÉ PUBLIQUE

Le secteur des transports est dominé par l’usage de la voiture individuelle, et représente près de 25 % des émissions directes de CO₂ dans le monde. Réduire ces émissions est donc un enjeu écologique important, et passe notamment par la réduction de l’usage de la voiture individuelle. En plus de lutter contre le changement climatique, réduire la dépendance à la voiture présente des bénéfices pour la santé. En effet, lorsqu’on évite de prendre la voiture, on pratique davantage d’activité physique (vélo, marche) et on diminue la pollution de l’air et sonore.

DES INTERVENTIONS POUR FAVORISER LES MOBILITÉS DOUCES

Les transitions vers des modes de transport sains et durables sont généralement encouragées par des interventions visant soit à modifier les comportements individuels, par exemple en favorisant l’accès à des vélos via des aides financières, ou en modifiant l’environnement bâti, comme avec la construction de pistes cyclables. Ces deux types d’interventions ont déjà montré leur efficacité pour promouvoir un report de la voiture vers des modes de transports actifs et publics.

LES PRIX DE L’ESSENCE : UN LEVIER SUPPLÉMENTAIRE ?

Parallèlement, il a été montré que le prix de l’essence influence les comportements de transport. Nous avons donc souhaité savoir si l’augmentation du prix du carburant permettrait d’augmenter l’efficacité des interventions visant un report de la voiture vers des modes de transports actifs et publics. Nous avons compilé plus de 50 interventions testant l’efficacité des mesures de promotion des transports actifs et publics conduites en Amérique du Nord, Asie, Europe et Australie au cours des 30 dernières années, et estimé l’impact du prix des carburants sur l’efficacité de ces interventions.

DES RÉSULTATS DIFFÉRENTS SELON LES CONTEXTES

Nos résultats montrent que les prix du carburant influencent significativement l’efficacité des interventions visant des modes de transport actifs et publics en Europe, mais pas pour les autres continents. En Europe, les interventions se sont révélées plus efficaces lorsque les prix du carburant étaient plus élevés. Les sites européens où les interventions ont été menées disposaient d’un meilleur accès aux transports publics, d’une plus grande proportion de rues et d’espaces publics ouverts, ainsi que d’un taux de motorisation plus faible que sur les autres continents. Les résultats observés pour l’Europe dans cette étude sont donc probablement attribuables à ces différences contextuelles.

INVESTIR DANS DES INFRASTRUCTURES ADAPTÉES : UN PRÉALABLE NÉCESSAIRE

Ces résultats montrent que des infrastructures adaptées aux transports publics et actifs sont essentielles pour accompagner les variations prévues ou soudaines des prix des carburants. Il apparaît ainsi crucial d’investir dans des infrastructures favorisant les transports actifs et publics, en particulier dans les territoires fortement dépendants de la voiture, afin de renforcer leur résilience face aux futures hausses des prix du carburant.

Dans un contexte de hausse globale des prix du pétrole brut, investir dans des infrastructures de transports publics et actifs, en particulier dans les zones fortement dépendantes de la voiture, constitue une forme “d’assurance-vie” pour nos sociétés.

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