Les transports actifs : une passerelle entre santé publique et écologie

Le dernier article de blog (ici), traité du le rôle délétère de la pollution atmosphérique sur le niveau d’activité physique. Je vous propose maintenant d’explorer cette même relation, mais dans la direction opposée : comment l’adoption de comportements actifs, liés aux déplacements notamment, peut avoir un effet positif sur la pollution atmosphérique ?

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Dans l’article précèdent, nous avions constaté que peu d’études traitent du rôle de la pollution atmosphérique sur le niveau d’activité physique ; à l’inverse, beaucoup plus de travaux se sont intéressés au rôle que pourrait avoir les transports actifs dans la régulation de la pollution atmosphérique.

Cette question est cruciale puisqu’au niveau mondial, les transports terrestres sont responsables d’environ 15 % des gaz à effets de serre et 20 % des émissions de particules fines (particulièrement néfastes pour la santé). Limiter ses transports, et/ou se déplacer autrement qu’en véhicule personnel, serait donc à la fois un moyen de réduire la pollution atmosphérique et d’améliorer la santé des individus.

Comme il est difficile de manipuler de tels comportements au niveau populationnel (i.e., il semble difficile d’obliger les habitants d’une ville à prendre leur vélo au détriment de la voiture dans le cadre d’une étude scientifique), la majorité des travaux portant sur ce sujet utilisent des « simulations ». Ces simulations sont développées sur la base de statistiques concrètes : combien de personnes utilisent une voiture personnelle pour se déplacer dans une ville donnée ; combien de kilomètres, en moyenne, parcourent-elles en voiture ; quelle est la pollution moyenne engendrée par ces déplacements ? Les chercheurs « manipulent » ensuite ces chiffres pour tester, par exemple, l’effet d’un changement de comportement (e.g., remplacer la voiture par le vélo) pour 5, 10 ou 15 % de la population, ou encore, 10 ou 15 % des kilomètres parcourus par personne.

Dans cette note de blog, je vous propose la synthèse d’une étude utilisant ce type de simulation pour la ville d’Adelaïde en Australie.

L’étude : Traffic-related air pollution and health co-benefits of alternative transport in Adelaide, South Australia

Les auteurs s’appuient sur un modèle intéressant liant les effets potentiellement positifs des transports alternatifs sur l’environnement et la santé des individus. La figure ci-dessous représente ce modèle. Le modèle propose trois principaux scénarii : (1) une augmentation de l’utilisation des transports en commun au détriment des voitures personnelles ; (2) une augmentation de l’utilisation du vélo au détriment des voitures personnelles ; (3) une augmentation combinée de l’utilisation des transports en commun et du vélo, toujours au détriment des voitures personnelles. Le modèle associe donc simultanément des indicateurs de pollution atmosphérique (ici les particules fines « PM2.5 »), d’activité physique (utilisation du vélo) et de santé (mortalité et incidence de maladies chroniques attribuables à la pollution et à l’activité physique). Notez que le modèle prend en compte les aspects potentiellement négatifs du vélo, comme le risque d’accident (« traffic injury »).

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Plus précisément, cinq scénarii sont comparés aux statistiques actuelles connues pour la ville d’Adelaïde et aux prévisions « sans changements majeurs » pour 2030 (par exemple, un rapport produit par la ville d’Adelaïde prévoit une augmentation de 2,4 % du nombre de véhicules en circulation entre 2010 et 2030, ce chiffre sert de base pour effectuer des comparaisons). Le scénario 1 spécifie une augmentation de 5 % de l’utilisation des vélos, et le scénario 2 spécifie une augmentation de 10 % de l’utilisation des vélos. Le scénario 3 spécifie une augmentation de 20 % des transports en communs, et le scénario 4 une augmentation de 30 % des transports en commun. Le scénario 5 simule l’effet d’un changement de 40 % des kilomètres parcourus en voiture pour des transports alternatifs, incluant le vélo et les transports en communs.

Ces scénarii sont traduits en équations mathématiques représentant chaque relation entre les variables du modèle (e.g., pollution, comportement, santé) ; ces équations sont ensuite manipulées pour exprimer chaque scénario (pour garder l’article relativement concis je ne rentre pas dans les détails des simulations).

Résultats

Les résultats étant complexes je les synthétise ici brièvement :

(1) d’ici 2030, une augmentation de 20 à 30 % des kilomètres parcourus par personne en transports en commun plutôt qu’en voiture aurait un impact significatif sur la pollution atmosphérique et en retour sur la santé (maladies chroniques, mortalité) des habitants d’Adelaïde.

(2) D’ici 2030, une augmentation de 5 à 10 % des kilomètres parcourus par personne en vélo plutôt qu’en voiture aurait un impact significatif sur la santé des habitants d’Adelaïde mais pas sur la pollution atmosphérique.

(3) Les bénéfices les plus importants en termes de santé et de pollution sont atteints quand les deux stratégies sont implémentées simultanément (i.e., plus de transports en commun et plus de vélo).

Les auteurs indiquent que ces résultats sont consistants avec d’autres études similaires menées aux États-Unis ou en Espagne.

Conclusion

En conclusion, en milieu urbain, favoriser les transports actifs et en communs au détriment des déplacements en véhicule personnel, a des effets positifs sur la santé des individus et l’environnement. De plus, ces effets sont susceptibles de s’auto-influencer, confirmant que les questions écologiques et de santé publique doivent être traitées en parallèle.

Ce type d’étude invite à imaginer des recherches *vraiment* inter-disciplinaires, mêlant des spécialistes de l’urbanisme, de l’ingénierie des transports, des sciences de l’activité physique et des sciences comportementales, visant à accélérer les changements de comportement en matière de déplacement plus respectueux de l’environnement.

Référence

Xia, T., Nitschke, M., Zhang, Y., Shah, P., Crabb, S., & Hansen, A. (2015). Traffic-related air pollution and health co-benefits of alternative transport in Adelaide, South Australia. Environment International, 74, 281–290. doi: 10.1016/j.envint.2014.10.004

2 réflexions sur « Les transports actifs : une passerelle entre santé publique et écologie »

    1. Bonjour Paquito.

      J’ai pu me tromper – mais leur conclusion pour la pollution est la suivante : « Our findings suggest that in the study region with an estimated population of 1.4 million in 2030, a sole travel mode-shift towards public transport would reduce the annual average PM2.5 concentration by 0.3–0.4 μg/m3. Although a sole mode-shift towards cycling would not have a noticeable impact on air quality, it would generate a considerable health co-benefit through improved physical activity. »

      Ensuite les résultats varient d’un indicateur à l’autre (e.g., GHG).

      J'aime

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