Expertise INSERM (2019). Activité physique et maladies chroniques : focus sur le chapitre traitant de la motivation

Il s’agit de l’extrait de l’article.

Dans cet article, je m’intéresse à la récente expertise collective de L’Institut National pour la Santé et la Recherche Médicale (INSERM) traitant du rôle de l’activité physique dans la prévention et le traitement des maladies chroniques.

Après une brève présentation de l’ouvrage, je développerai particulièrement le chapitre de Julie Boiché, maître de conférences à l’Université de Montpellier. Dans son chapitre, l’auteure s’intéresse à la question de l’adoption et du maintien de l’activité physique pour les personnes atteintes de maladies chroniques.

Cette thématique me semble cruciale puisque si les bénéfices de l’activité physique pour la santé sont assez bien reconnus, l’enjeu actuel est de faire adhérer les personnes à un mode de vie actif. Parmi l’ensemble des facteurs qui peuvent être associés à l’activité physique (voir l’article introductif du blog), Julie Boiché propose une synthèse du rôle de la motivation envers l’activité physique chez les personnes atteintes de maladies chroniques.

Présentation globale de l’ouvrage

En France, parallèlement au vieillissement de la population, le nombre de personnes atteintes de maladies chroniques ne cesse de s’accroître  (i.e., un français sur quatre serait atteint de maladie chronique et il serait trois sur quatre après 65 ans). Dans ce contexte, le ministère des Sports à sollicité l’INSERM pour mener cette expertise collective.

Les maladies chroniques étant largement attribuables au mode de vie des individus, le développement d’interventions de promotion de l’activité physique efficaces est un enjeu de santé publique majeur. L’objectif annoncé de l’expertise n’est pas tant de savoir si l’activité physique doit être recommandée aux personnes malades chroniques, mais plutôt de comprendre quels types de pratique, dans quel contexte, et pour quels individus les bénéfices de l’activité physique sur la santé peuvent être optimaux.

L’expertise repose sur une revue de la littérature, réalisée par l’INSERM, puis analysée et synthétisée par un groupe pluridisciplinaire de 14 chercheurs dans les domaines de l’épidémiologie, de la psychologie, de la sociologie, ou encore de la physiologie.

L’expertise comporte des chapitres aux thématiques assez variées telles que :

  • Les politiques publiques en matière d’activité physique,
  • La motivation envers l’activité physique et l’adoption d’un comportement actif,
  • Les mécanismes moléculaires et cellulaires en jeu dans le déconditionnement physique,
  • Les effets de l’activité physique sur la santé mentale,
  • Des parties spécifiques à des pathologies (i.e., obésité, cancers, diabète, pathologies cardiaques, maladies respiratoires ou encore osteo-articulaires).

A la suite de ces chapitres une série de recommandations, à visée pratique (e.g., formation des médecins à la prescription/indication d’activité physique) et scientifique (e.g., promouvoir des recherches sur la motivation envers l’activité physique), est proposée.

La synthèse des chapitres et des recommandations est disponible en accès libre sur le site de l’INSERM, ici.

Le chapitre sur la motivation et les barrières à l’activité physique chez la personne malade chronique 

Parmi les chapitres de l’expertise, celui concernant la motivation envers l’activité physique me paraît être l’un des plus crucial (en toute objectivité, bien-sûr !). L’auteur justifie l’intérêt de ce chapitre à travers trois constats :

  • Une proportion importante des personnes atteintes de maladies chroniques n’atteint pas les recommandations en matière d’activité physique, et donc ne bénéficie pas des effets favorables de l’activité physique,
  • Un nombre important de patients ne participe pas aux programmes proposés dans le cadre de leur prise en charge, et des taux d’abandon souvent enlevés sont rapportés au cours de ces programmes,
  • Un faible pourcentage de patients maintient une activité physique lors du retour à leur domicile, une fois ces programmes achevés.

Pour répondre à ces problématiques, Julie Boiché propose de s’intéresser au concept de motivation. Dans son chapitre, elle (i) développe un modèle transversal de la motivation, spécifique aux personnes malades chroniques, (ii) explore comment ces types de motivation varient en fonction des individus, par exemple de leur pathologie (cette question n’est pas traitée dans cet article de blog), et (iii) identifie des pistes d’interventions pour promouvoir l’activité physique via la motivation. Ces différentes questions sont traitées sur la base de la revue de littérature effectuée au préalable et comportant des études qualitatives et quantitatives.

Qu’est ce que la motivation ?

Une définition large de la motivation est retenue au début du chapitre : « l’ensemble des forces internes et/ou externes produisant le déclenchement, la direction, l’intensité, la persistance et l’arrêt du comportement ». Le terme de barrière est quant à lui définit comme « les facteurs compromettant le passage des intentions (d’être actif physiquement par exemple) en action concrète ».

Dans la littérature scientifique, la motivation est généralement étudiée au regard de différentes théories (e.g., la théorie sociale-cognitive, la théorie du comportement planifié, la théorie de l’auto-détermination). En s’inspirant de ces théories, l’auteure propose une synthèse de l’ensemble des types de motivation étudiés dans le cadre de la maladie chronique et de l’activité physique. Cinq grandes catégories de facteurs motivationnels sont décrits (voir la figure ci-dessous).

Synthèse de l’ensemble des types de motivation (relatives à l’activité physique) étudiés dans le cadre de la maladie chronique – adaptée de l’expertise INSERM.

Les intentions et la planification : Les intentions renvoient à une prise de décision relative à l’adoption d’un nouveau comportement. Sur la base de la revue de littérature effectuée, l’auteure du chapitre rapporte une corrélation positive entre les intentions et le niveau d’activité physique chez les malades chroniques. Bien souvent, le concept d’intention va de pair avec celui de planification, qui consiste à anticiper de manière précise comment ces intentions vont se transformer en comportement effectif. Concrètement, il s’agit de planifier : quel type d’activité physique va être réalisée, quand, où, et avec qui. L’auteure indique que les patients éprouvant des difficultés à se fixer des objectifs pratiquent moins d’activité physique que les autres.

Croyances liées aux effets du comportement et attentes positives : Assez logiquement, un facteur motivationnel central dans la littérature est l’intérêt porté par une personne à une activité spécifique et le plaisir engendré par cette pratique. Inversement, dans la maladie chronique, l’absence de pratique d’activité physique est souvent justifiée par un manque d’intérêt pour l’activité physique proposée. Au-delà du plaisir et de l’intérêt perçus, les attentes en termes de bénéfices sont aussi identifiées comme une source de motivation importante. La perspective d’une amélioration de son état de santé constitue ainsi un facteur motivationnel clé pour les personnes malades chroniques.

Croyances liées au contrôle du comportement  : la confiance en ses capacités à réaliser un certain comportement (e.g., participer à une randonnée) est aussi décrite comme un facteur crucial de la motivation. Plus une personne se sentira capable de réaliser une certaine activité, plus elle sera susceptible de s’engager dans cette activité, et inversement.

L’environnement social : le soutien psychologique (e.g., encouragements) ou opérationnel (e.g., fixer des rendez-vous pour pratiquer), perçu par les personnes malades chroniques envers leur pratique d’activité physique est aussi mentionné comme un facteur contribuant à la motivation globale des individus. Différentes sources de soutien sont mentionnées dans le chapitre : le soutien des professionnels de santé, notamment du médecin ; le soutien des personnes chargées d’encadrer l’activité physique ; le soutien des pairs, avec qui l’activité physique est pratiquée ; le soutien des proches et de la famille.

Le caractère automatique de l’activité physique et les habitudes : La dernière catégorie de motivation mentionnée renvoie au caractère habituel d’une activité. Les personnes atteintes de maladie chronique qui arrivent à pratiquer une activité physique sur le long terme expliquent que cette pratique n’est possible qu’à partir du moment où celle-ci devient habituelle ou automatique (concernant la création d’habitudes dans le domaine de l’activité physique, voir cette thèse en accès libre soutenue récemment par Gonzalo Marchant).

Comment agir sur la motivation ?

Dans la dernière partie du chapitre, Julie Boiché offre quelques pistes d’interventions, relatives à la motivation, pour promouvoir l’activité physique chez les personnes atteintes de maladies chroniques.

L’auteure liste, sous la forme d’un tableau, une série de techniques de changement de comportement utilisées dans la littérature (i.e., une traduction des techniques de changement de comportement et sera présentée dans un prochain article). Il est indiqué que ces techniques ont pu être utilisées au cours des programmes d’activité physique, post-programme ou encore en soin courant.

Voici la liste des techniques identifiées dans la littérature (de la plus rapportée à la moins rapportée) :

  • Informations sur les effets du comportement (coûts et bénéfices pour la santé de l’individu),
  • Informations sur les activités pouvant être pratiquées et les opportunités de pratique (lieux, structures),
  • Anticipation des barrières et résolution des problèmes,
  • Fixation d’objectifs (choix personnel de la nature, fréquence, intensité́, durée de l’activité physique pratiquée),
  • Rappel des objectifs fixés au cours du temps, de la prise en charge,
  • Feedback sur le comportement (en particulier par rapport aux objectifs),
  • Renforcement (encouragements, félicitations) suite à la réalisation du comportement,
  • Monitoring de l’adoption du comportement par le patient (journal d’activité),
  • Rappel d’une expérience positive (situation vécue comme une réussite quant à l’adoption du comportement),
  • Utilisation de signaux pour déclencher le comportement (par exemple, entre plusieurs actions habituelles),
  • Comparaison sociale (témoignage de patients ayant réussi à mettre en place le comportement),
  • Implication des proches (soutien et pratique conjointe de l’activité),
  • Stratégies pour faire face à la rechute (anticipation de la gestion de périodes où le comportement n’est plus adopté),
  • Réévaluation cognitive (transformation des pensées négatives),
  • Entretien motivationnel (méthode clinique basée sur l’initiative du patient, la minimisation de la résistance au changement et la prise en compte de son ambivalence),

Théoriquement, ces techniques de changement de comportement, si elles sont bien utilisées, servent d’outils pour stimuler certains types de motivation. Par exemple, la technique « informations sur les effets du comportement » est susceptible d’impacter les croyances liées aux bénéfices, mais pas la création d’habitude ; la technique « utilisation des signaux pour déclencher le comportement » est plutôt associée au développement des habitudes ; la technique « renforcement » est quant à elle associée à la confiance en soi, et ainsi de suite.

Conclusion

Traiter de façon exhaustive et synthétique de thématiques complexes comme la motivation et la promotion de l’activité physique chez les personnes atteintes de maladies chroniques est impossible. Toutefois, le chapitre présenté dans cet article constitue une formidable introduction à ces thématiques. A l’avenir, utiliser plus systématiquement ce type de modèle, et les techniques de changement de comportement associées, devrait permettre d’améliorer les stratégies actuelles de promotion de l’activité physique (voir aussi ces deux commentaires sur cette thématique : article 1, article 2).

Référence

INSERM (2019). Activité physique : prévention et traitement des maladies chroniques. Paris : EDP Sciences.

Une réflexion sur « Expertise INSERM (2019). Activité physique et maladies chroniques : focus sur le chapitre traitant de la motivation »

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