Une nouvelle taxonomie des techniques de changement de comportement pour gérer soi-même sa motivation et ses comportements

Dans un article précèdent du blog, je vous avais présenté une traduction française de l’une des taxonomies des techniques de changement de comportement en vogue actuellement. Cet article relate d’une nouvelle taxonomie qui propose des techniques à utiliser soi-même, et qui diffèrent donc des précédentes basées sur un « modèle prescriptif ». 

 

Pour rappel, le terme taxonomie renvoie à la notion de classification ; les techniques de changement de comportement correspondent aux composantes concrètes d’une intervention visant un changement de comportement, comme par exemple la « fixation d’objectif ». Une taxonomie des techniques de changement de comportement vise donc à définir et organiser les différentes techniques qui sont susceptibles d’être utilisées dans une intervention visant une modification de comportement.

Les taxonomies publiées dans la littérature à ce jour proposent des techniques sous une forme prescriptive ; c’est-à-dire, utilisable par un tiers, coach, médecin, enseignant en APA, professionnel de santé, à destination d’une personne, d’un client, d’un patient.

Cette nouvelle taxonomie, à l’inverse des modèles prescriptifs, propose une formulation pour chaque technique destinée directement aux utilisateurs.

Exemple : pour la technique « fixation d’objectif », nous passons de « Fixer pour quelqu’un, ou en collaboration avec la personne, un objectif exprimé en terme de comportement à atteindre » à « Fixez-vous un objectif pour une période précise (i.e., demain, pendant une semaine). Faites-en sorte que cet objectif soit le plus précis possible (i.e., quelle activité allez-vous pratiquer quand, avec qui) et réalisable ». La première formulation nécessite donc un tiers (un enseignant en APA), tandis que la seconde peut-être utilisée de façon autonome par le bénéficiaire.

En plus de formuler chaque technique différemment, de nouvelles techniques font leur apparition ; certaines me semblent utiles. Voici une sélection, un peu au hasard, de six techniques parmi les 123 recensées et les exemples associés (traduction personnelle).

  • (Technique #2) Brainstorming (pardonnez-moil’anglicisme) : générer une liste des options possibles pour un changement de comportement sans en évaluer la pertinence au préalable.

Exemple : « Il est bon d’avoir beaucoup d’options sur la façon dont vous pouvez changer votre comportement. Si vous essayez de devenir physiquement plus actif, énumérez autant de possibilités différentes que vous le pouvez (par exemple, se rendre dans une salle de sport, aller au travail en vélo, faire des promenades, faire ses courses à pied). Lorsque vous établissez la liste, incluez tout ce qui vous vient à l’esprit. Ne jugez pas les possibilités que vous proposez. Ajoutez des options à votre liste en demandant à vos amis ou à votre famille comment ils incluent de l’activité physique dans leur vie quotidienne ».

 

  • (Technique #33) Expériences comportementales : Identifier et tester des hypothèses sur le comportement, ses causes et ses conséquences, en recueillant et en interprétant des données sur ces expériences.

Exemple : « Faire des expériences peut vous aider à comprendre comment adopter ou limiter un comportement pour vous spécifiquement. Par exemple, si vous n’êtes pas certain d’apprécier davantage l’activité physique le matin ou le soir, organisez une expérience pour le vérifier. Pendant une semaine, essayez de faire de l’exercice le matin avant le travail. Ensuite, essayez de faire de l’exercice après le travail au cours de la semaine suivante. Notez vos impressions et vos expériences pour chaque semaine, puis comparez-les pour identifier la meilleure façon d’aller de l’avant ».

 

  • (Technique #34) Obtenir des informations sur les antécédents : Obtenir de l’information sur des choses qui précèdent l’exécution du comportement (des situations sociales, des événements, des émotions).

Exemple : « Savoir ce qui mène à un certain comportement en matière de santé peut vous aider à identifier des situations à risque ou favorables. Pour ce faire, tenez un journal des situations ou des sentiments qui précèdent un comportement (e.g., le grignotage). Chaque fois que vous grignotez, notez les émotions, les pensées et les situations qui vous ont amené à grignoter. Identifier comment les situations sociales, les événements, les pensées et les émotions façonnent notre comportement peut nous aider à rester sur la bonne voie ».

 

  • (Technique #64) Conserver les ressources mentales : Minimiser la charge cognitive pour faciliter le comportement ciblé.

Exemple : « Éliminer certaines distractions et avoir l’esprit clair peut vous aider à vous concentrer sur un nouveau comportement. Si vous voulez manger plus sainement, limitez l’utilisation du téléphone ou éteignez la télévision. Cela éliminera certaines distractions et vous aidera à vous concentrer sur la préparation d’un repas équilibré. Si vous cherchez à être plus actif physiquement, faites une pause ou une courte sieste pour refaire le plein avant de partir faire de l’activité physique ».

 

  • (Technique #86) Récompenses sociales : Chercher de la reconnaissance sociale pour les efforts ou les progrès effectués pour changer un comportement.

Exemple : « Le fait d’être récompensé pour avoir fait des progrès vous fait du bien et peut accroître votre motivation. Demandez à votre famille ou à vos amis de vous soutenir en reconnaissant d’une façon ou d’une autre les efforts que vous déployez pour atteindre le comportement désiré ».

 

  • (Technique #102) Trouver du sens à votre démarche : Identifier (ou vous rappeler) les liens entre le comportement ciblé et vos valeurs et motivation personnelles, en établissant un lien entre ce comportement et quelque chose de significatif sur le plan personnel ou social.

Exemple : « Savoir qu’un nouveau comportement correspond à vos valeurs peut vous aider à vous y engager. Si vous essayez de devenir plus actif physiquement, essayez de déterminer dans quelle mesure l’activité physique correspond à vos valeurs. Vous pourriez par exemple faire le lien entre les déplacement actifs (e.g., le vélo) et l’importance que vous accordez à la protection de l’environnement. Un lien solide entre vos valeurs et un nouveau comportement peut vous aider à garder le cap ».

 

Conclusion

Je trouve cette taxonomie intéressante à plusieurs égards. Pour sa liste de technique, conséquente et issue de plusieurs autres taxonomies antérieures. Pour son absence de formulation prescriptive, favorisant ainsi l’autonomie des bénéficiaires. Pour la pertinence et la clarté des exemples (au moins dans sa version anglophone…).

Les limites associées à ce type d’outils ont été présenté ultérieurement.

La version soumise de l’article est en accès libre ici : https://psyarxiv.com/h72s3/

La taxonomie (en anglais) ici : https://osf.io/2cegu/

 

Référence

Knittle, K. P., Heino, M. T. J., Marques, M. M., Dr, Stenius, M., Beattie, M., Ehbrecht, F., … Hankonen, N. (2019, May 20 – preprint). The compendium of self-enactable techniques to change and self-manage motivation and behaviour (v1.0). https://doi.org/10.31234/osf.io/h72s3

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